Conclusion : La truffe du désert Terfezia boudieri est l'un des rares champignons mycorhiziens dans les zones semi-arides et arides des pays méditerraniens et de moyens orients. Les paramètres agroclimatiques semblent affecter son rendement annuel, mais les informations sur l'influence des facteurs biotiques sont rares. L’étude de l’activité de la microflore des sols mycorhizosphériques associés à Terfezia boudieri a été menée par des méthodes de dénombrement UFC. Ces travaux ont révélé une présence abondante de bactéries mésophiles, d’actinomycètes et de champignons dans les échantillons prélevés par rapport au témoin (sol ne contenant pas le champignon). Ces résultats suggèrent un rôle fonctionnel important de la microflore dans la dynamique des sols truffiers, en particulier dans les processus de l’établissemnet de mycorhizes, de dégradation de la matière organique et de mise à disposition des nutriments pour la plante hôte et son partenaire mycorhizien. L'antibiose, la résistance systémique induite (ISR), la concurrence pour les nutriments et l'espace sont les mécanismes de biocontrôle les plus courants partagés par les deux genres les plus communs Bacillus et Pseudomonas (Dimkić et al., 2021; Lee et al., 2023). Dans notre étude, nous avons identifié pour la première fois des souches bactériennes des genres Bacillus et Pseudomonas, prélevées du sol mycorhizosphérique à Terfez, capables d'inhiber le développement de deux champignons phytopathogènes majeurs de la pomme de terre : Alternaria solani et A. alternata. Quatre souches, deux appartenant à Bacillus et deux autres à Pseudomonas, ont réduit la croissance fongique d'au moins 50 %. Ce qui permet de les considérer comme des candidats prometteurs pour une lutte biologique contre ces phytopathogènes. Par la suite, des tests de capacités de produire des métabolites secondaires volatils, des composés antibiotiques, des sidérophores et des enzymes qui dégradent la paroi cellulaire du pathogène ainsi d’inoculation des plants de pommes de terre ont été effectués avec les souches les plus performantes. Les activités antagonistes présentées par les souches sélectionnées ont indiqué que des métabolites polyvalents peuvent être produits par les souches. Par exemple, la détection de forte production de COV, des antibiotiques et des enzymes hydrolytiques avec le fort antagonisme de B7, alors que la production de COV, des antibiotiques et de sidérophores pourrait expliquer les activités antagonistes chez la souche P2. Sur la base de ces résultats, les quatre souches ont été retenues pour une évaluation plus approfondie de leurs caractéristiques de promotion de la croissance des plantes. Toutes les souches efficaces ont produit des composés favorisant la croissance, notamment des phytohormones de type auxine. Ces substances ont exercé des effets de croissance comparables sur les plants de pomme de terre. Une activité de solubilisation du phosphate a également été observée pour l'ensemble des souches, ce qui indique une capacité à rendre le phosphore disponible pour les plantes. L'étude a en outre montré que ces souches peuvent fixer l'azote atmosphérique et produire de l'ammoniaque, deux processus essentiels à la nutrition végétale. Ces propriétés cumulées renforcent leur intérêt pour des applications agronomiques. Signalons que la souche B7 a démontré la plus forte activité promotrice parmi les quatre, se distinguant par une efficacité supérieure dans les conditions testées. Cette étude démontre que les bactéries indigènes antagonistes, présentes dans le sol mycorhizosphérique, constituent une alternative crédible à l'usage systématique de pesticides dans les agro-systèmes de pommes de terre tout en élargissant la connaissance des interactions écologiques au sein de la mycorhizosphère du terfez. Plusieurs axes de travail restent à explorer pour consolider ces résultats et les traduire en outils opérationnels incluant:
- Un dépistage sur le terrain, mené sur différentes cultures, zones géographiques, dates de plantation et types de sol, afin de vérifier la robustesse de l'effet observé dans des conditions variées.
- Une évaluation de la compétence rhizosphérique des souches sélectionnées, ainsi que de leur biocompatibilité avec les pratiques culturales existantes.
- Un essai biologique dédié, destiné à confirmer l'absence d'effets toxicologiques indésirables, avant toute recommandation d'usage élargie.
- La normalisation des méthodes d'application et des protocoles de gestion, condition nécessaire pour envisager un transfert vers les exploitations.
